Né à Québec en 1966, Marc Boilard grandit avec une image qui s'avérera prophétique : ses deux soeurs se battent dès sa naissance pour lui donner à manger.

En 2e année du primaire, il doit demander l'aide de son professeur, heureusement un homme, car les fillettes de sa classe l'attaquent à chaque récréation pour l'embrasser. Son destin se révèle déjà : il sera une idole.

Il passe son secondaire à faire rire ses proches. On lui demande presque la permission de mettre son image sur le drapeau de l'école en 3e secondaire. Le directeur de l'école lui demande alors plus de rigueur dans ses études, mais sa réponse est sans équivoque : il choisi faire rire ses amis au détriment de meilleurs notes en chimie. Une vocation non négociable se dessine.

En 6ème année du primaire, il devient responsable de la période d'expression du vendredi après-midi. Il est aussi élu président de sa classe grâce à une magouille où il permet aux électeurs d'inscrire son nom avec une estampe achetée par son père. Déjà, il manipule les masses.

Marc a fait des études dans les pires écoles du Québec. Entre autres à la polyvalente de Charlesbourg, où les grèves étudiantes se succèdent, et au réputé CEGEP Limoilou, où Marc obtient son DEC en cafétéria et fait un stage avec André Arthur, l'équivalent des Marines américains pour un stagiaire en communication.

Il est plus tard accepté en droit à l'Université Laval, usurpant pas le fait même la place d'un vrai futur juriste qui aujourd'hui est peut-être gardien de sécurité au lieu de plaideur. «J'y suis, j'y reste» devient son leitmotiv. Par souci d'esthétique son bulletin est un alignement parfait de "C". Il devient et est toujours avocat depuis mai 1992. Il pratique autant le droit que le catholicisme.

Après ses quatre années d'études où il a entre autre fondé la Fédération universitaire d'humour, tout en draguant la moitié de ses collègues féminines, Marc sort finalement avec son bacc et son barreau en poche et écrit à alors Gilbert Rozon, qui l'engage à Juste pour rire. Commence alors son aventure dans le monde du showbizz.

Producteur, gérant, professeur, directeur artistique, Marc touche à tout avec des résultats allant du médiocre au fabuleux. Son approche des arts s'apparente beaucoup plus à la lutte professionnelle qu'à la littérature. Comme le disait son modèle Gene Simmons du groupe KISS : « So you're an artist? Come paint my house this summer »

En 2001, les médias mettent enfin la main sur lui. Il est chroniqueur/rock star à l'émission «Je regarde moi non plus» à TVA et commence la radio avec son amie Varda à CKAC le samedi soir. Il a aussi signé un contrat d'édition et son premier livre est sorti en octobre 2002. Ce fut un succès immédiat, le livre est maintenant introuvable.

Automne 2002, Marc est prime time à TQS le mercredi soir dans le cadre de l'émission Testostérone avec François Massicotte, Mike Ward et Jean-Michel Dufaux. « Personne à ma connaissance ne s'est imposé aussi rapidement en télé » commente Louis Trépanier, directeur des programmes à TQS. Restons humble : Boilard brûle le marché.

À l'automne 2003, Marc est approché par trois jeunes « wizz » informatique (RTD, Drommer et Beurre le chat) et développe le site www.monclasseur.com. Aujourd'hui, www.monclasseur.com est le site qui a la plus forte progression chez les 18-24 au Québec. Marc permet à des milliers de jeunes de se rencontrer, et renouvelle par la bande sans cesse son énorme inventaire sans quitter son domicile. Le pouvoir de l'internet…

Été 2004, M Boilard lance sa première conférence sous le thème «Moi si j'étais une fille», un mélange de son premier livre déjà paru et de son deuxième, du même titre. «Moi si j'étais une fille» est lancé du 15 au 17 et du 19 au 24 juillet dans le cadre du Festival Loto-Québec Juste pour rire. Un cocktail explosif d'anecdotes et de réflexions sur l'état des filles en 2004. Le projet est un flop commercial total. Dans la salle, les spectateurs sont ravis, mais il s'avère impossible de les y amener. Année de vache maigre.

Mais Marc est dédié corps et âme à une cause : son succès. Les erreurs sont analysées, les corrections apportées, et moins de 6 mois après avoir échoué avec son dernier projet, Marc est de retour dans les médias.

En effet, son démo radio se rend à radio Energie qui lui donne les ondes chaque vendredi soir dès l'automne 2005 avec le concept « La clinique de Marc Boilard et ses spécialistes ». L'émission fracasse à tous les plans. Elle donne naissance d'ailleurs à une version télé sur les ondes de Musiqueplus.

Nous sommes en 2006 : Marc commence comme analyste à l'émission loft story chaque dimanche. Il est à la radio chaque matin à Energie 98.9 Québec, à partir de chez lui à Montréal. Il termine son 3ème livre « L'Encyclopédie du mâle actif », son site de rencontre monclasseur.com fait flèche de tout bois, il commence une ligne de vêtement et une boutique virtuelle, sans compter que sa nouvelle version de spectacle « La clinique LIVE » roule de plus en plus en formule congrès ou grand public.

Contrairement à la perception habituelle, Marc Boilard ne parle jamais de couple. Il se spécialise dans les premiers moments d'une rencontre, zone complexe qui détermine le futur de toutes les relations. Il ne parle pas de sexe non plus : il dit comment en avoir.

Marc n'est ni un humoriste ni un conférencier : c'est un service essentiel. Mais à quoi bon traiter d'un sujet vieux comme le monde, qui de surcroît n'est plus réglementé par le mariage obligatoire et où chacun peut y aller selon ses propres croyances, en toute liberté?

«Là où il n'y a pas de maître, tout le monde est maître. Et où tout le monde est maître, tout le monde est esclave. »

Liberté, vérité, faire tripper.





C’est aux descendantes d’Ève que Marc Boilard fait la leçon cette fois. Le sujet est devenu la manne des comiques de tous poils, des disciples de Freud et des autres adeptes de psycho pop. On tente de codifier leur fonctionnement comme d’autres ont cherché le Saint-Graal…

Mais en 2004, reste-t-il encore de la virginité sur le terrain des relations de couple ? « Si tout a été dit, peut-on m’expliquer pourquoi ça ne fonctionne toujours pas ? » lance d’emblée Marc Boilard.

Il a fait sa marque en tant que macho fini, aussi narcissique que playboy. Dans des émissions comme Je regarde, moi non plus et Testostérone, il prodiguait des conseils à la gent masculine pour embobiner la prise parfaite, préférablement jeune, sans enfant et dotée de gros seins. Il y a deux ans, il a même immortalisé ses techniques de cruise dans un bouquin : Le Code Boilard du vrai gars.

Mais voilà que le gourou de la séduction change son fusil d’épaule… Exit l’indécrottable dragueur, monsieur est devenu féministe ! Dans une nouvelle conférence accompagnée d’un second livre, c’est aux descendantes d’Ève qu’il fait la leçon.

« Avant aussi je m’adressais aux filles, précise Boilard. Les faire enrager, c’est une façon de leur parler ! »

Marc Boilard en a eu marre Après un certain temps, Marc Boilard en a eu marre de jouer les mauvais garçons. Son rôle, les téléspectatrices se plaisaient à le détester. Mais l’humoriste a vite connu la rançon de la gloire. Ils sont nombreux à avoir pris le macho de Testostérone au premier degré.

« Il y avait un prix à payer pour la reconnaissance, laisse-t-il tomber. Avant longtemps, j’ai reçu des menaces du genre : “Si je te vois, je te casse la gueule” ! »

Un accueil qui a forcément eu à voir avec son état de cruiseur défroqué... Mais Boilard estime qu’il avait exploité le personnage de macho au maximum.

D’ailleurs, il affirme ne plus rien avoir à dire aux gars. « Enseigner la drague, ce n’était qu’une niaiserie. La problématique des couples repose sur les filles dont la personnalité est plus complexe. Ce sont elles qui sont capables de se mesurer au challenge. »

La preuve selon Boilard que les femmes disposent de plus de pouvoir en amour : « Cruiser, pour une fille, c’est manifester de l’intérêt… Ce sont les gars qui doivent se taper le travail. »

Pour l’humoriste-conférencier — lui-même ne sait pas dans quel lit se coucher —, vulgariser la drague n’aurait en fait été qu’un moyen d’attirer l’attention. « Je me vois un peu comme un lutteur. Pour être connu vite, c’est mieux de commencer comme un méchant… Après, il est toujours temps de faire un revirement ! », explique-t-il en rigolant.

C’est que les stratégies de marketing, M. Boilard commence à les connaître. Après des études en droit, il a cumulé les fonctions de professeur à l’École nationale de l’humour en gestion de carrière et de gérant des pitres Anthony Kavanagh, François Morency, Jean-Michel Anctil et Maxim Martin.

Féministe À travers ses 38 ans d’existence, Marc Boilard a passé le plus clair de son temps sous les traits d’un célibataire endurci. Comment justifie-t-il son expertise en matière de relations homme-femme ?

« C’est plus un essai qu’une démarche scientifique, concède-t-il. Je n’affirme pas détenir la vérité. Mais de toutes façons, il est possible de tirer des conclusions par observation. Einstein n’a jamais voyagé à la vitesse de la lumière, ce qui ne l’a pas empêché de découvrir la théorie de la relativité. »

Élevé au milieu de deux sœurs qui se seraient battues dès sa naissance pour lui donner ses repas (! ), le macho repenti a toujours apprécié la présence des filles. « Je connais leurs histoires heureuses ou pathétiques. Ça m’a permis de constater les erreurs qu’elles font. Les femmes sont du genre à penser que plus elles donnent, plus elles recevront… Non ! Ce n’est pas vrai ! »

Un examen qui a poussé celui surnommé « M » depuis ses études universitaires à écrire une nouvelle page au féminisme, une doctrine qui, selon lui, comporte ses lacunes. « C’est une théorie qui a été essentielle et bénéfique, bien qu’elle ait eu des dommages collatéraux, analyse-t-il avec sérieux. Le problème, c’est qu’on s’est toujours attaqué à des facteurs extérieurs aux filles. »

Selon le plus masculin des suffragettes modernes, le dernier round à disputer est celui des attitudes et des aspirations. « L’un des effets pervers du féminisme se situe au niveau de l’éducation, déplore Boilard. Tout ce qu’on dit aux filles, c’est : “Fais-toi pas fourrer !” » Selon le conférencier, c’est uniquement sur leurs désirs que les femmes devraient s’interroger. « Est-ce que ça me tente ou non, c’est ça la seule question ! »

Par son nouveau spectacle-conférence Moi, si j’étais une fille, M promet du rire et aussi de la réflexion. Le but à atteindre : redonner confiance aux femmes, les rendre plus heureuses et, qui sait, peut-être provoquer une nouvelle révolution sexuelle… « Ce sera nécessaire, sinon vous continuerez à ramasser les bas sales des gars encore longtemps ! » prévient-il.

Geneviève Bouchard, Le Soleil